l'Atelier

Jeux à partir du don de mots

1. Petits exercices d’allitérations (par Éric Cuissard)

Profitant du travail de collation de Clément (on trouve ce répertoire en cliquant ici), Éric Cuissard a pris dans sa liste (la version parue dans le n° 13) les mots commençant par la même lettre (indiquée en tête de chaque entrée) pour composer des textes. Nous en donnons ici trois (d’autres suivront dans les numéros à venir) :

V : Amanda Lear et Salvador Dali
Le vamper en faisant la vaisselle quelle volupté ! Son voyeurisme latent reprend vie devant la vareuse de velours vermillon à volant, ouverte sur un ventre version verger en fleurs. La veille encore, il disait vieillir : le virage de la centaine se voit sur mon visage ! Hé bien, son viride vermiculaire se réveille violacé devant mes provocations ! Versifiez à loisir, vieux poète, en visitant le vallon. 

B : Baby sitting
Je passais la barricade au badigeon quand la basse continue de bébé m’alerta.
Il bramait comme un cerf en haut d’un belvédère.
Bordel à cul ! Il me les brise ce rejeton ! Pour buissonner peinard, bonjour !
Tu te fais de la bile ou t’as  bobo, le marmot ?
Ah ! t’as perdu ton bilboquet ?
Ou bien c’est la belle brassée de boutons qui t’enjolive la cafetière ?

P : Manif à l’italienne (un Fellini inédit)
La présence d’un palmier perpétuel pourpre devant la porte de la prison n’était pas le plus surprenant en ce lieu !
Une jolie poupée en peignoir de plumes de pélican menaçant le public présent des morsures de sa pipistrelle dressée prenait la parole, insultant à profusion les forces de l’ordre :  « Peine-à-jouir, pisse-vinaigre, prurit de pappus, pistil de pavot, poulpiquet… » et bien d’autres noms d’oiseaux prouvant un certain sens de la poaisie mais aussi une culture incertaine puisque ses litanies finissaient invariablement par : « philatélistes ! » au pluriel, ce qui intriguait les badauds stoppant net leur parlence.
La manifestation soudaine d’une parélie décida la police à prodiguer quelques coups de matraques afin de dégager la place. Des jets de pierres répondirent à la charge mettant fin à la patience des policiers qui passionnément se lancèrent à l’assaut.

2. Les textes obtenus avec les mots donnés

Depuis le numéro précédent, plusieurs auteur(e)s volontaires se sont joints à Guillemet de Parantez pour composer des textes à partir des mots reçus comme don par la rédaction de la revue. Voici donc ceux obtenus ce mois-ci, dans l’ordre de leur réception :

1. Plateau de fruits de mer
En ces temps de marcescence, d'atomes volatiles et de chutes de météores, voir des écrevisses calcareuses danser le pogo à l'unisson sur un quai de gare est un pur ravissement. Je suis rasséréné. Il pleut mais je fleuris de rayonnante lumière, comme un bulbe de tigridia, devant la variation de leurs reptations. Elles chuintent comme une planche usinée dans un taille-crayon. On dirait du yiddish vaticiné par un xérus rempaillé au yatagan. 
Saperlipopette ! Les voilà qui s'organisent le long d'une corde ébauchant la silhouette d'un caravansérail interminable, ou plutôt comme des ramifications de gymnastes se concentrant vers le xyste. C'est fou ! 
J'entérine les quolibets de la foule lorsqu'elles mettront fin au spectacle. Des représailles sont envisageables. Je vois d'ici les écrabouillures, les éclaboussures de crustacés en sanguinolent balisage vers le panneau exit.
(Éric Cuissard)

2. À partir du « Don de mots » de Lichen n° 15, sous le contrôle oulipolympien de Guillemet de Parantez
Variations d’un pogo sur les écrabouillures !
Silhouette usinée par le ravissement !
Le caravansérail de yatagans chuinte ;
à l’unisson yiddish planche la reptation.
Ah, saperlipopette ! Un xérus dans le xyste !
Exit sous quolibets le fou du Quai des bulbes :
son taille-crayon sûr rempaillait la lumière.
En ces de marcescence temps, éclats et boues...
Mais qu’un atome rayonnant des météores
vaticine qu’il va pleuvoir, cordes et cordes
calcareuses entérinent les tigridia,
rassérènent fleuries des ramifications.
Nota : éclaboussures... éclaboussées en trois mots dans deux vers successifs
(Clément G. Second)

3. Variations
En ces temps de marcescence
perdus au bout d’un taille-crayon
entre les bruits et le silence
il pleut des cordes à variations

La lumière calcareuse
suspendue à un yatagan
vaticine en rimes creuses
des quolibets et des cancans

De ce ravissement yiddish
chuinte et fleurit à l’unisson
du tigridia laissé en friche
en mille ramifications

Autant de caravansérails
aux xystes rayonnants d’atomes
de silhouettes qui rempaillent
des météores en polychrome

Est-il bien envisageable
que sur ce quai en reptation
les planches usinent sur le sable
des pas qui tournent à l’obsession

Que de folles écrabouillures
rassérènent et entérinent
au fil des éclaboussures
les bulbes émaillés de rustine

Mais Ô saperlipopette !

des xérus dansent le pogo
les écrevisses sont pompettes
exit la valse et le tango
(Bénédicte Rabourdin)

4. Vaticinez, vaticinez, il en restera toujours quelque chose !
En ces temps de marcescence, les quolibets yiddish fleurissent dans le xyste
Il pleut des yatagans sur le quai de la guerre
Il pleut des atomes de lumière
Éclaboussures, écrabouillures de météores
Ramifications de cordes calcareuses telles des gorgones
Un xérus rayonnant du nom de Saperlipopette danse le pogo avec une écrevisse rempaillée
Reptations, folles variations des silhouettes chuintant à l'unisson
Un taille-crayon usiné du bulbe
fait la planche (avec quel ravissement !) dans les tigridias du caravansérail
Et le voici rasséréné
Il vaticine le plus grand délire à ce don de mots
(Cher Guillemet, j'ouvre la parentez : serait-il envisageable d'entériner mon poème qui part en sucette dès le premier vers ? On a l'exit que l'on peut – je ferme la parentez).
(Colette Daviles-Estinès)

5. La grande marche
Il pleuvait des cordes sur cette piste aux mille et une ramifications. Saperlipopette, pensais-je, le caravansérail est encore loin ! Exit le rêve des mille et une nuits, Shéhérazade pouvait bien aller se faire rempailler. On entendait le bruit de nos semelles chuintantes, c’était vraiment le grand n’importe quoi ces temps de marcescence, la confusion était à son comble. Le ravissement aussi, certes, si on voulait bien se donner la peine de ne pas voir seulement les écrabouillures. Il pleut, d’accord, mais n’est-ce pas ainsi que tout désert peut fleurir ?, pensais-je, tandis qu’une sorte de xérus me déboula sous le nez suivi d’une reptation louche.
Il faudrait trouver un xyste, dit l’un de mes compagnons de marche, qui se croyait dans un péplum. Ce qui eut le don d’énerver un autre compagnon qui marchait devant et qui se mit à fendre de plus belle la pluie de son yatagan. Ha, la fine équipe que nous formions ! Je ne parle pas de la dame qui chantait à tue tête des berceuses en yiddish. Il était temps de trouver un quai dans cette mer de sable. Les quolibets fusaient à l’unisson, quand il s’agissait de celui qui faisait semblant d’être un scientifique et soûlait tout le monde avec sa soi-disant machine à usiner l’atome. Quant à moi, tous commençaient vraiment à me gonfler le bulbe, encore un peu et mon cerveau s’ouvrirait comme un trigidia.
La pluie redoublait de plus belle, elle semblait calcareuse et commençait à me faire mal au crâne, elle aussi. Ces variations intempestives de climat avaient de quoi rendre fou, mais elles étaient désormais entérinées. Il n’était plus envisageable de les ignorer dans le but inutile de se rasséréner.
Une femme qui marchait près de moi, rouge comme une écrevisse, se mit soudain à vaticiner. Si les taille-crayons dansaient le pogo, clama-t-elle, ça se saurait ! Elle aussi a dû se prendre quelques éclaboussures de météores... C’est bien la dernière fois que je participe à une randonnée à Concarneau, me dis-je tout bas, quand soudain il me sembla voir à l’horizon une silhouette sur une planche. Nous arrivions, j’étais sauvée !
(Cathy Garcia)

6. Écrabouillure
Il pleut des cordes depuis 3 jours. Les silhouettes dégoulinent. À chaque pas, des éclaboussures, pogo de gouttelettes qui marquent le bas des pantalons. Des planches ont été installées sur les quais, on se croirait à Venise. Les vendeurs de gadgets se sont réfugiés à l’intérieur de la gare transformée en caravansérail. Un enfant vient d’échapper son cartable, un taille-crayon flotte à ses pieds. Il observe le petit objet filer dans les ramifications boueuses. Il récupère de justesse son dictionnaire. Sa mère l’entraîne vers la salle d’attente, ils se serrent l’un contre l’autre sur un morceau de banc. L’enfant feuillette : « U : unisson, usiner, V : variations, vaticiner, X : xérus, xyste, Y : yatagan, yiddish » La mère pense aux chaises qu’elle a laissées dehors et qu’il faudra certainement rempailler, elle pense aux bulbes de tigridias qu’elle a plantés et qui ne fleuriront pas. L’enfant s’amuse, fait chuinter les mots en déchiffrant leur définition : « un ravichement* pour les papilles… en ché temps de marcheschenche *... » Les trains ont plusieurs heures de retard, les annonces s’enchaînent, l’enfant hausse la voix pour attirer l’attention de sa mère. « Q ! quolibet… R : rayonnant, reptation, rasséréner, S: saperlipopette ! Le reflet des néons sur le sol liquide diffuse une lumière étrange. F : folie, fou. M : météore » La mère est absente, perdue dans l’attente. L’enfant s’énerve, il tourne les pages frénétiquement : « A : atome, C ! calcareuse ! E : écrevisse, entériner, envisageable, exit E : écrabouillure ! » Il se tourne vers elle en grimaçant. Elle le rejoint dans un éclat de rire.
NB : *ravichement et en ché temps de marcheschenche : déformations volontaires d’un mot et d’une expression proposés.
(Florentine Rey)

7. Contribution à l'étude des kystes entéroïdes du mésentère
Ce n'est pas en faisant la planche dans un xyste que je l'avais rencontré le Frédo ! Non !
Malgré ces temps de marcescence, j’étais paradoxalement en train de fleurir dans la salle d'attente d'un médecin généraliste, afin de savoir si oui ou non je devais me faire opérer du bulbe ! Là, parmi tous les souffreteux du quartier bien occupés à vaticiner sur leur diagnostics respectifs, il y avait un drôle de paroissien au physique improbable ! Tout en angles et en creux, accompagné d'un flacon de Château d’Yquem posé à ses pieds et dont il s'envoyait une généreuse giclée à intervalles réguliers. Non ! c'est quand il s'est mis à chuinter en yiddish que je l'ai discerné : « Saperlipopette, là il pleut ! », pensè-je, intrigué par l'animal, et c'est après une savante reptation de chaise en chaise et moult négociations avec les occupants des dites chaises qu'avec ravissement je posais mon fessu à côté du sien !
Il ne s'est pas fait prier très longtemps pour me postillonner les remugles de son bordeaux et me proclamer en une langue un rien choisie, que lui c’était du sérieux pas comme tous ces peigne-cul alentour ; le tout proclamé à haute et intelligible voix afin que nul n'ignore la grande estime qu'il portait à ses semblables !!!! On commença par nous dévisager pas très gracieusement. Il y a eu des remous, d'abord silencieux puis, comme Frédo rigolait, un cœur se forma… de loin...
J'avais pas envie de rester à quai... Je fis équipe ! Je voulais le rasséréner le camarade… Ce furent quelques quolibets d'abord, puis on nous promit la corde et le yatagan, tous à l'unisson pour nous servir chaud tout un pogo d'éclaboussures
C'est curieux le bipède de base quand ça attend, tout ruminant, tout faussement résigné, là parmi d'autres tous aussi convaincus que leur pitoyable viande pestilentielle requiert toute l'attention de la faculté de médecine ! Ça devient vite teigneux, mais c'est tout velléitaire tellement ça suinte le repli, et la bovine attente en cette salle du même nom !
Frédo et moi on s'est vite compris ! Comme çà, sans avoir à dire, on avait vite pesé l'envisageable… pour leur usiner un après-midi rayonnant… une pluie de météores… comme çà ! Je me devais d'entériner sans un atome d'appréhension le projet de mon nouveau pote, lequel consistait à rendre plus nauséeuse encore la cohabitation céans ! J'y allais de ma variation en noms d'oiseaux, mais ça collait pas... les seuls oiseaux ici c’était Frédo et moi ! Lustrés du plumage et francs du bec !
Je suis allé chercher des désobligeances du côté des crustacés et des improbables mammifères ! C'est fou comme on trouve des mimétismes dans les salles d'attente ! Il y avait là un xérus et quelques écrevisses, pâles silhouettes sans lumière… un même avait une tronche de taille-crayon et des mains toutes poicreuses, toutes calcareuses et bien rassoudoques… Toutes les ramifications de son karma gravées en ronde-bosse sur sa carcasse… comme des écrabouillures sur les feuilles d'un tigridia...
Avant de se casser, le Frédo et moi on leur a recommandé d'aller se faire rempailler, c’était charité… Exit le caravansérail !          
(Paul Polaire)

8. Fantasmagorivages
En ces temps de marcescence des tigridias, les éclaboussures des lumières calcareuses de la voûte du xyste fleurissent sur le quai.
Saperlipopette ! Quel xérus fou vaticine en yiddish à des écrevisses qui l’écoutent avec ravissement ? À l’horizon, le chant des météores chuinte à l’unisson. Dans le caravansérail, les ramifications de la corde retiennent le yatagan, rassérénant les danseurs de pogo. Sous les quolibets, la reptation de certaines silhouettes fait penser à une planche subissant le supplice du taille-crayon. Est-il envisageable que ces écrabouillures servent à rempailler, à usiner des variations rayonnantes autour du bulbe et de l’atome ? Cela sera-t-il entériné ?  Exit ! Il pleut !
(Maïk)

9. Tout reste envisageable
Il pleut. Rempaille et surtout ne chuinte pas. À quoi bon ? Qu’importe les quolibets et leurs variations. Tout reste envisageable. Tellement d’éclaboussures et d’écrabouillures calcareuses. En ces temps de marcescence, un caravansérail, c’est fou et en même temps, c’est rayonnant. Un peu comme un ravissement yiddish, un xérus qui danserait le pogo sur un xyste ou sur un quai qui fleurit. Ou encore qui usinerait des ramifications et des reptations à l’unisson avec des écrevisses (saperlipopette). Exit l’atome, le bulbe, et autres météores. C’est le taille-crayon qui vaticine : tout le long d’une corde, une silhouette, celle d’un tigridia. Aucune variation. Entériner, dites-vous ? Si cela peut rasséréner… Sur une planche, un yatagan. Et la lumière sera.
(C.-L. Desguin)

10. Caravansérail en reptation
À force de vaticiner
Sur la corde au ravissement fou
Où les atomes à éclaboussures
De lumière et de météores
Entérinent les écrevisses
Pour rempailler
Le taille-crayon envisageable
Il m'arrive
En ces temps de marcescence
De rasséréner les écrabouillures
Aux ramifications calcareuses
Pour usiner les quolibets
À l'unisson de ma variation
Il m'arrive même
De prendre une planche
Pour une silhouette
D'imaginer des bulbes
Fleurir en tigridia
De transformer un quai yiddish
En caravansérail en reptation
En guise d'exit à ma raison
Saperlipopette!
Il pleut, le xérus chuinte
Et dans ma tête
Comme dans un xyste
S'exerce la lame sanglante
Du yatagan
À l'heure où d'autres
Muent leurs sautes d'humeur
En pogo rayonnant
(Marjorie Tixier)

11. Anses et temps de mare, ces sens ! (en forme d’abécédaire — incomplet)
Un atome en bulbe calcareux
chuinte comme une corde de caravansérail
dans la déhiscence des essences
en ces temps de marcescence
où les écrabouillures d’écrevisses 
entérinent les éclaboussures envisageables
exit le fou qui fleurit ! —

Il pleut de la lumière de météores
sur la planche à pogo,
sur le quai des quolibets
dont les ramifications rassérènent
avec ravissement
les rayonnantes reptations qu’on rempaille,
saperlipopette !

La silhouette d’un taille-crayon tigridia
usine à l’unisson
ses multiples variations
tandis que vaticine un xérus
dans le xyste voisin,
un yatagan yiddish
à la main.

(Guillemet de Parantez)

6 commentaires:

  1. Mention spéciale à Bénédicte pour les rimes et à Guillemet pour l'abécédaire. La fin de la version de Marjorie est superbe: Il pleut.... On dirait un poème de Clément qu'on arriverait à saisir du premier coup!
    Et Carine Laure fait du Carine Laure de chez Desguin!
    MAGNIFIQUE!

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  2. Bravo oui pour cet effort collllectif, toutes productions confondues !

    (Par ailleurs et sans vouloir en faire un plat de mots, j'en suis à me demander ce que pointe exactement Éric Cuissard me concernant.)

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    1. Pas de méchanceté Clément, juste que ta poésie ne m'est pas immédiatement préhensible et puis, après infusion ça le fait! Ma culture est superficielle, hasardeuse et perforée, j'ai parfois du mal. Mes excuses pour ce trait inutile. J'aurais dû juste dire: On dirait un poème.

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  3. Comme on dit ici en Espagne, Éric, "No pasa nada" : ce n'est rien. J'aime la clarté et celle que tu apportes en réponse à ma question rend celle-ci inutile. Je t'en remercie. Permets-moi d'ajouter qu'à travers tes commentaires subtils et pertinents sous les textes des uns et des autres je n'ai jamais trouvé ta culture comme tu la décris. Chaleureuse poignée de mains et vive le partage en poésie.

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  4. Merci Eric !
    M'enfin la Palme revient à Frédo ! Ah ah ! J'adooore ! Bravo Paul !!! :D

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    1. "chère" amie vous me rassérénez!.....après cet exercice" Celinien" tant de muettes éloges deviennent dérangeantes pour ma modestie !Je vous sait gré très chère ,d'avoir rompu le silence !

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