Espèces en voie de disparition


Je propose, dans cette nouvelle rubrique, de revitaliser les substantifs et expressions abandonnés au bord de l'autoroute de la communication numérisée.

Je commencerais, ce mois-ci, par le mot ramponeau.

Très usité dans les années 60/70, le ramponeau a presque totalement disparu. Les dictionnaires qui le citent encore le définissent comme un coup de poing. Dans ma cour de récré, c'était plutôt un coup de genou, genre béquille, pour les spécialistes. L'expression était : « Je vais te coller un ramponeau dans le dargeot ! » (dargeot étant lui-même défraîchi, sans doute faut-il apprendre aux jeunes générations qu'il désignait le popotin).

Or, de mon temps, on ne portait pas le poing aux fesses, à la rigueur la main au cul mais délicatement, en marque d'affection. Les parents cachaient bien, croyaient-ils, les publications cochonnes qu'ils achetaient au cours de déplacements en dehors de leur lieu de résidence. Mais, autant qu'il m'en souvienne, aucune rubrique fist-fucking dans ces ouvrages suavement libertins.

Vous trouverez dans les dicos : un outil de tapissier, un quartier de Fécamp et même un Jean Ramponeau, personnage truculent qui « inventa le cabaret ». « Être ramponeau » signifiait alors être saoul.
Bref, ramponeau mérite bien d'être inscrit sur la liste des substantifs protégés.

Éric Cuissard



PS 1 : Le Dictionnaire des mots rares et précieux (10/18, 1996 — un précieux outil !) donne aussi : « Jouet d'enfant fait d'une figurine lestée d'une petite masse de plomb qui la fait se relever automatiquement lorsqu'on la culbute » (j'en vois 2 ou 3, là-bas au fond, qui rigolent en entendant "culbute"... mauvais esprits !). 
PS 2 : Dans Le désastre de Pavie (1963), Jean Giono écrit, à propos des « grands capitaines » de François 1er: « Ces gens-là étaient les curieux et les cultivés de leur époque : curieux et cultivés à la française. Au lieu d'être curieux de livres, de tableaux et de musique et cultivés par leurs fréquentations, ils étaient curieux d'estafilades et de ramponneaux * [...] » (Jean Giono, Journal, poèmes, essais, Gallimard, La Pléiade, p. 930).
* Giono l'écrit (de même que d'autres) avec deux "n" : son côté pacifiste sans doute... ? 

Élisée Bec

2 commentaires:

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    1. Vos mots oubliés seront accueillis avec chaleur et émotion dans la rubrique.

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