Paul Dalmas-Alfonsi




Juste à proximité de la grotte du Gouffre...





Le sentier est assez risqué. Sous un rocher s’ouvre la grotte. Et vers la droite, au fond, le premier débouché du gouffre. Dans les temps de peste porcine, on venait y jeter les animaux suspects – la plupart pas encore atteints. Leur survie dans les profondeurs... On les entendait de partout.


Avant qu’on ait taillé la route – là-haut, dessus, plus aérée, davantage au sec et rocaille –, le chemin muletier passait là. Dès qu’on était un peu chargé, on ne pouvait que prendre là. Ils ont attendu, bien postés. Un jour de mauvais temps. Tranquilles. Pas de neige mais un souffle froid. Et le médecin franc-maçon, ils l’ont attaqué à l’épaule – pour qu’il sache qu’on le frappait.


Et ils l’ont achevé, bien sûr – on connaît le travail bien fait. Et ils l’ont jeté sur les ronces. À peine en contrebas, sans le cacher vraiment. Par vantardise et pour l’exemple. Ils l’ont jeté mais pas bien loin.


« Viens chercher ta viande par là ! – Cette viande, tu la connais ! Tu pourras boire à ses blessures ! »


Effets du dégoût ? De la crainte ? On soutient que l’appel est venu de la grotte.





La torpeur vous prenait quand vous passiez par là – même les gens peu soucieux du fin mot de l’histoire, même les gens détachés d’un quelconque incident étaient soudain saisis. Ils le disaient, plus tard... tentant de s’expliquer. Par les ronces et par les fougères, quel que soit votre état d’esprit, une langueur tombait qui fleurait la poussière.


Sur la route, plus haut, désormais, rien de tel. On ne l’éprouve pas. On avance pour soi, pas pour le sang versé, ni les fracas d’épaule.











Paul Dalmas-Alfonsi a publié plusieurs ouvrages (en nom propre ou collectifs) relatifs à la Corse (contes, proverbes et dictons, savoirs populaires, roman...), et participe à de nombreuses revues dont Ìsule, A Lèttera, U Tàravu, Avàli, Artyzanal, La Passe, L’Intranquille, FPM et prochainement Xéno et Verso. Présent dans les n° 41, 42 et 43 de Lichen.

1 commentaire: