Perle Vallens


Signaux de phare

L’air que tu respires est chargé de solitude, l’impression palpable qu’il n’y a plus qu’une seule paire de poumons au monde. L’oxygène est amer, tu déglutis entre deux goulées. Tu ressens le besoin de tousser, tu ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être par solidarité. Tu éructes de travers, deux-trois mots que tu ne destines à personne en particulier, si ce n’est à toi-même.
 Pourtant tu sais qu’il y a de la vie autour, tes voisins qui poussent la voix pour se sentir exister. Les fenêtres d’en face font comme des lampions, des lumières de fête. Des balises humaines flottent dans le noir, les sémaphores signalent une certaine persistance, la limite du cataclysme.
 Tu te consoles comme tu peux, donner l’apparence d’un reste de lueur, de vérité au fond des vitres, quelque part au-delà du trottoir. Il y a autour de toi âmes qui vivent. Il y a là-bas des souffles qui perdurent, gonflés de tout l’air du monde où tu n’es plus. Partout, il y a encore quelque chose qui fait penser aux flots qui font les fleuves, aux jours qui font les saisons.





Née à la poésie il y a longtemps, Perle Vallens y est revenue il y a peu, en privé. Ce n'est qu'à l'automne dernier (on pourrait dire l'automne de sa vie) qu’elle a commencé à rendre certains textes publics, ici ou là, à écrire des nouvelles régulièrement, notamment pour des appels à texte, ainsi que de la poésie, classique ou en vers libres. Présente dans les n° 17, 22, 25, 38 de Lichen.


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