de Didier Gambert
Chronique Flore Nélin, Là devant-ciel, dessins et images de Véronique Abélès, collection ficelle & Plis Urgents.
L’éditeur Vincent Rougier publie et diffuse par abonnement une collection que les lecteurs de Lichen connaissent sans aucun doute. Il s’agit de la Collection ficelle & Plis Urgents. L’éditeur donne à découvrir ainsi de courts ouvrages de poésie, toujours illustrés. Il s’attache à ne retenir « que ce qui lui plaît », et ajoute que « ça ne risque pas de changer ». Voici donc les impétrants, ou candidats à la publication, prévenus : nul n’est assuré d’être é-lu, et ce d’autant plus qu’une sourde menace plane sur les livres eux-mêmes, car l’éditeur plie les feuilles (au moins) en quatre : ils seront donc « massicotés » manuellement, ou « découronnés », ou encore « guillotinés ». Avis aux amateurs !
Tant de précautions paient sans aucun doute. Ainsi un des derniers titres de la collection, le 162è : Où est passé mon ange de Mathias Lair (chroniqué il y a quelque temps dans Lichen) vient de recevoir le « Prix spécial du jury de la Maison de la poésie de Paris ».
Avec Là devant ciel de Flore Nélin (164è), l’éditeur propose un nouvel opus que caractérise une insigne brièveté. Le lecteur va parcourir 30 pages de poésie, qu’illustrent dessins et aquarelles de Véronique Abélès, d’inspiration, osons le mot, surréalistes…
L’objet poétique se présente comme une sorte de mystère tendu au lecteur :
Sol coriace / fenêtre bise // toi seule / et le reste // devant / ciel
C’est le cas de rappeler la formule de Valéry, sur l’hésitation entre le son et le sens, qui définirait la poésie.
Se laver de la vie // l’avaler // en avalanches de ciels bleus // j’extrais la pulpe / du fruit de tes doigts // qui se forme // à l’arête que le temps forme
Là encore : mystère offert qui tient dans la répétition rythmée de formules sonores.
Le je (qui est-ce), se tient donc face à « la nue ». On dirait qu’on attend quelque chose, ou quelqu’un. Cette impression se confirme très vite, dès le quatrième poème :
Ça y est le père
Ça y est le père est là
mais s’arrête d’abord
Pour vérifier qu’ils sont tous dans le ciel
On se demande alors si je « je » qui s’exprime, et qui attend (apparemment) ne serait pas un enfant… En feuilletant le livre, on apprend que l’autrice exerce la profession de « psychologue auprès des bébés ». Finalement, cela se tient.
Là devant ciel est donc un recueil d’une étrangeté certaine, qui plaira à celles et ceux qui aiment interroger les mystères :
Le corps est disloqué
fait miroir
aux nuages alignés
la mémoire ronge
un os pourri
les vivants s’assoient
et prient
la dislocation organise
quelques transes
Né en 1963, Didier Gambert est spécialiste de littérature du XVIIIe (thèse soutenue en 2008, publiée en 2012 chez Champion) et a publié quelques ouvrages dans ce domaine. Il a d’abord pratiqué l’écriture poétique de manière intermittente, puis de façon très régulière ces dernières années. Certains de ses textes ont illustré une exposition de photographies de Bérénice Delvert, intitulée Métaphysique de l’Océan (La Grange aux arts, Champniers, près d’Angoulême). Présent, en tant que poète, dans les n° 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 43, 45, 47, 49, 50, 51, 59, 60, 61 et 62 et en tant que critique dans les n° 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 65, 66, 67, 68, 70, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 84, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 103, 106, 107, 108, 110, 111, 112, 113 et 115 de Lichen.
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