Mustafa Kherbouche


À travers l’aube s'éloignent des oiseaux de beurre laissant derrière eux l’auberge des chiens lépreux d'où s'élève la colonne de fumée maladive — la montagne osseuse exhibant sa toison et ses psoriasis blanchissants — si jamais cris, la poussière remue et retombe assimilant la foule au paysage dans son trouble aux notes rustiques de rouille ; la chenille se râpe le ventre sur sa feuille, la bave devient boue sous l’escargot et les langues se dessèchent. 
Les limaces elles-mêmes victimes ne roulent plus sur les corps, le soleil veille et le monde pousse dans les profondeurs d’esprits tus où il foisonne librement. Le jeu continue et le fin filament de vie sincère court sous terre en un ruisseau de folie. 
Quatre siècles de savoir déversés sur l’enfant fauché dans le pré et dépossédé de sa fronde, il en devient la pierre projetée à travers paysages lettres et nombres ; le tiraillement entre le vu-voulu et le rappel à l’ordre des seigneurs de l’autre bord du gouffre — les murailles restent et les cœurs battent à travers la brèche alléchante. Des ailes inutiles, élans qui ne servent qu'à être fauchés, les mains s’attardent sur le chapelet égrené et le cycle se répète, c’est la danse du moulin de l’ignorance, ses braises sont apprises de moindres houles. À terre les cœurs, restez sèches vous les langues et vous léguerez vos désespoirs aux défouloirs dont vous enfanterez. Pondez-les nombreux surtout, ils s'espionnent si vous les tordez assez. 
Féroces furent les vagues et impétueux sont les ressacs, j’aurais aimé étendre à jamais le détour de l'école pour ne plus respirer le soufre des cœurs en putréfaction ni subir la maladresse des ailes inutiles — il n’est point d'idées frivoles que doit ruminer mon esprit qui ne servit à le fixer, velléités en apparence, j’ai erré dans le royaume du doute et me suis permis toute question — j’ai hérité de mon lot d’ineffables et me suis tué à l'épuiser au gré des fumets nocturnes — j’ai emplumé tant de muses et toutes y sont restées — quel argot fétide tolérerait telles infamies sinon la sincère vomissure, je suis moi désormais. J’exècre tout papier formel pour ce qu’il a de professeur et précis, comme si tout était dissociable — il faut être occulté de tous les sens, on nous ment leurs formules marchent et c’est tout (ce qui est divisible n’est pas mon sujet) je dois donc choisir la médiocrité encore si je n'étais craintif du moindre effort. 





Mustapha Kherbouche, né en 1994, quitte sa Kabylie natale en 2016 et s'installe à Marseille pour poursuivre des études de biologie. Passionné de botanique et de littérature francophone, il a deux passions, deux langues. Il cherche par l'écriture à retourner à son « état d'homme des cavernes » pour qui « la complétude du désir, l'amour préhistorique » est intacte ; dépassant ses contradictions pour se « rassembler » à la surface, son époque. C'est sa première apparition dans Lichen.

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