Mahé Boissel

 

 

Les jours qui précédèrent la mort du père j'étais au plus mal

j’avais de l'eau plein les poumons

j’allais mourir aussi

Une aiguille perforait mon ventre une autre le poumon droit

Je n'avais pas les mots pour dire l'outrance des désespoirs salés

que l'on attrape enfant et qui refusent de cesser


je branchai la musique à tue tête

L' appareil de radio fut mon église

j'écoutais les mêmes voix en boucle

puis

n’ étant pas entrée en religion j'entrai en analyse


Longtemps longtemps j'allais parler à cet homme qui m'ouvrit son lit -

il disait  «  dit van » et désignait la couche avec nonchalance d’un geste vague accompagné d’un regard las -il m’offrit donc son lit pas ses bras -

je lui disais «  ça ne va pas il y a une ombre au tableau "

Il restait souriant


Avec lui j'appris le salé le fort le dur l’âpre le vrai les odeurs

J'appris à me sauver de la mort me sauver en vivant

J'étais un sac de pleurs depuis petite

J'appris à l'ouvrir je compris qu'il ne se viderait pas — pas tout—

Vivre était donc pleurer cette eau qui reste

Après l'analyste j'aimais un homme qui s'étonna qu'une seule femme

Puisse contenir tant d’eau


Depuis je vis sur mes réserves


 

Mahé Boissel


 

 

Mahé Boissel vit et travaille à Paris et dans le sud de la France. Elle écrit, dessine et peint chaque jour. Son sujet est l’humain, sous toutes ses formes et coutures et dans tous ses états. Elle se passionne pour les affres et les angoisses, les joies et les tourments de cet être-là, tant dans travail de styliste, de psy que d'artiste. Présente dans les n°HSC, 54, 56, 57, 75, 76, 77, 78, 79, 82, 84, 86, 87,90, 91, 92, 95, 100, 101, 102, 103, 106, 107, 108, 111, 112, 116 et 117 de Lichen.





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