Louise Moaty

 

Révolutions (3)

 

Alors ils ont ouvert l’intérieur de leur corps ils avançaient le corps ouvert et tout se déversait ils avançaient le cœur battait à l’air libre leurs organes d’écorchés ils jetaient leurs côtes une à une les chairs les foies les rates et chacune de leurs dents brandie comme un trophée chaque empreinte sur leurs peaux et chacun de leurs pieds visages masques de cire à gorges déployées mâchoires pendantes tout se déchire langues vrilles intestins déroulés lassos ou cordes de pendus les yeux sortent de leurs orbites pas un poil ne servit à obscurcir les lignes et puis des doigts des lèvres muscles tendons grattés ils avançaient à grands flots de salive leur fiel aussi se déversait ils avançaient à grands pas d’os et déchiraient leurs veines pour faire jaillir le sang un bon moyen de prendre de l’avance tibias sortis appuis supplémentaires arriver au plus vite et ils jetèrent leurs têtes par-dessus bord. 

 

 

 

 

Louise Moaty est née en 1978. Après des années dédiées au théâtre en tant que metteuse en scène et comédienne, elle se consacre depuis 2018 à l’écriture. Ce poème est extrait du recueil inédit À la métamorphosePrésente dans les n° 53, 54, 55 et 56 de Lichen.

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