L’Amérique un peu
(extrait de America solitudes)
L’Amérique un peu parce que je connais mal
Tous les paysages de ce pays
Qui probablement s’ignorent les uns les autres,
Malgré qu’insensiblement (comme partout dans le monde)
On passe des érables de la Nouvelle Angleterre
Aux cyprès chauves de la Louisiane, aux mesquites des états du Sud- Ouest ;
Et pas vécu vraiment parmi tant de gens divers :
Petits bourgs hispaniques, de Chimayo à Cordoba, quelques endroits chinois dans la vallée du Sacramento
Bayous avec des airs d’accordéon, et là où qu’on chante avec tout son corps donné
Dans de petites églises perdues, mais pas si loin d’une station service
Et d’un Kentuky Fried Chicken, au sud. J’ai pas su penser
Tout un émiettement d’anciennes querelles politico-religieuses,
Les Italiens les Irlandais, ceux qui parlent français dans les magasins de tissus à Holyoke .
Les avocats de New York et de partout, ceux qui sont profs
Dans les universités ou les « Seven Sister Colleges »
Tant de gens qui se rencontrent si peu et tous dans leur solitude
Avec le sentiment d’un être ensemble, à cause des autoroutes peut-être
Ou d’un dieu qui serait avec eux toujours, à cause de Coca cola
A cause de rien, leur solitude jamais partagée : si j’en sais quelque chose ?
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La photo d’un oiseau mort que Robert Majenti à peint
(Poème inédit)
En fait l’oiseau mort était une mésange
Je le vois bien maintenant
(Photo que m’envoie Majenti ; pochoirs découpés dans la photo, qu’il a peints)
Le jaune sous le cou, la tête noire
Et vaguement le corps
Couvert d’un gris plus ou moins vert ou jaune,
Une mésange charbonnière.
Et ses pattes mortes, en forme crochue
Comme si encore
Elle allait s’accrocher à l’envers
À quelque branche d’arbuste
Glycine ou grenadier.
Ses pattes rendues à rien quasi
Comme de l’écriture mal écrite.
Sorte de signes diacritiques sans objet
Contre le rigide noir et blanc de son aile.
Tu peux lecteur terminer ce poème
En pensant à ce qu’on pourrait dire
Devant l’image qu’une photo donne
D’une mésange à l’air effaré
Dans sa mort.
James Sacré est né en 1939 dans une petite ferme vendéenne. Devenu instituteur il se marie et part, en 1965, vivre aux Etats-Unis. Après l’obtention d’un doctorat (Ph.D américain) il enseigne dans une université du Massachusetts . Retour en France, à Montpellier, en 2001. Nombreux voyages et séjours, surtout en Suisse, au Maroc et en Tunisie , en Italie et en Espagne. On trouvera de plus amples informations biographiques dans Figures qui bougent un peu et autres poèmes, Poésie/Gallimard, et dans Par des langues et des paysages (1965 – 2022) aux éditions APIC. Présent dans le n°106 de Lichen.
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