Claire Gauzente


C’est une autre voix qui prononce mes mots.
Une voix d’homme.

sans timbre la voix trouve
la neutralité de son sexe, elle
tient cette distance, énonce les mots lentement,
les détache et les lie
par 
du temps

Certains mots n’ont pas de voix.
Les dire – quelle importance. Leur silence habite l’espace. Crânien. C’est tout.

°

inventer une autre langue, une autre attache dans la bouche, d'autres mouvements sous le palais, à l’intérieur des joues, contre les dents et les gencives, une salive, des lèvres étrangères
produire un autre chant qui dit toujours
la même chose

°

Je les tire, les extirpe de leurs lieux ordinaires. Puis je les jette au dehors en large filet bleu. Certaines, solides artères pourpres pulsatiles, d’autres sombres aussi, céruléennes, et celles fines comme cheveuxparme, translucides capillaires où circule faiblement. La maille est lâche, inégale. Ce qu’elle attrape, on ne sait pas.





Des textes de Claire Gauzente ont paru dans Traction-BrabantN47Raizvanguarda, aux éditions du 18Parallèle et aux éditions du Petit Jaunais. Son dernier recueil : Une chaleur au dos (qu'on peut consulter via le lien suivant : https://issuu.com/clg_/docs/ucad_web_sept). C'est sa première apparition dans Lichen

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