Siham Jabbar

Trois poèmes
traduits de l’arabe par Antoine Jockey



Sa ville enferme les enfants dans les siècles
Sa ville enferme le ciel dans une cage
Sa ville est le cimetière qui radote
L’arrêt qui cloue.
Les fenêtres de cette ville sont prises entre les mâchoires d’un dragon
Et le dragon est balloté par les questions
Que seule une épée égarée dans les légendes
Est capable de régler.



À Bagdad

Dans les rues de Bagdad, la guerre m’a rattrapée
J’étais aveugle, alors elle m’a prêté le feu
J’étais seule, alors elle m’a mariée à ses morts
Et lorsque je suis revenue, sans pieds, des jours qui ont épuisé ma promenade
Le crayon m’a souri, extirpant mon corps des champs de bataille,
Et couvrant les visages des deux côtés de la rue
Pour que je marche debout
Sans bras ni pieds dans un Bagdad sans fin.



Lune

Ce nuage est épris d’une lune
À chaque fenêtre il lâche un amoureux.







Née en 1963 à Baghdad, Siham Jabbar a étudié la littérature arabe à l’Université de Bagdad, écrit une thèse de doctorat sur la littérature et la critique arabe puis travaillé, de 1997 à 2007, comme professeur de littérature moderne. Attaquée et blessée au pistolet en 2006, elle quitte l’Irak pour la Suède en 2007. Depuis ce jour, elle publie des ouvrages de poésie : Like Hypatia in Ancient Times (2008), Bodies (2010), I am sitting beside my life (2014). Elle participe également à de nombreux événements littéraires et ses poèmes ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle a reçu deux prix en Irak en 1992 et 1995.

Né à Beyrouth en 1966, Antoine Jockey vit à Paris depuis 1990. Traducteur d'importants poètes arabes tels que Abdul Kader El-Janabi, Paul Chaoul, Abbas Beydoun, Sargon Boulus, il est aussi critique littéraire et correspondant des quotidiens arabes AI-Hayat et libanais Al-Mustaqbal.

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