Marjorie Tixier

Corde raide

Rien à réclamer
Bouche absente
Je pose ma voix
Sur la corde
Que je tends

Elle ne s'enroule pas

C'est une corde raide
Tendue sur le gouffre
De la métamorphose

Avant
J'étais de silence
À pleurer dans le miroir
Des nuits solitaires
Accablées de destin

Avant
J'étais un sou neuf
À rire de moi
Pour glorifier les absents
Pauvre âme égarée
Dans les prisons injustes
Mal élevée
Dont la langue
A ravalé le désir

Avant
J'étais le vide
La poussière froide
Du volcan mal éteint

Mais voilà que la fumée
Se réclame
D'oreilles - de nez et de bouche
Au bord de l'éruption à venir

Qu'en sera-t-il
Après
Quand la terre dévastée
M'aura entièrement
Recouverte ?







Marjorie Tixier vit en Savoie dont la beauté des paysages l'inspire pour écrire.

8 commentaires:

  1. Qui a pu déclarer non poétique le courage d'être et de devenir ? Cette tension de lucidité exigeante exprimée au plus près me convainc dans votre poème. Aussi, qu'à ce moment où une puissance accumulée va sourdre la question de la suite soit posée de front. Vous écrivez vrai.

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  2. Merci Clément pour ce retour qui me donne à réfléchir encore sur ce poème.

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  3. Ceci me semble un accéléré, superbe et sensible, de tout ce qui fait la vie, douleur créative comprise. C'est très beau, et ce ne sont pas des mots dont j'use pour un rien;

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  4. Les mots s'enroulent autour de cette corde et un noeud ne finaliserait rien, il se dénouerait comme ça, ou pas, mais toujours à la suite d'une interrogation ou l'autre.

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  5. ... "une corde raide
    Tendue sur le gouffre
    De la métamorphose"

    Un poème fait de pincées d’incommensurabilité. Merci.

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    1. Merci pour ce regard qui ouvre et donne du sens.

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