Gabriel Zimmermann

Fulgurer

Dès l’amorce, autant que la poésie fait feu
(Sans alchimie, pas même un préalable, une alerte,
Une introduction pour amener, faciliter déjà
Les transformations du réel) ;
Aussitôt que les mots sont lâchés (oui, le cynodrome
Comme analogie la plus vraie du lyrisme) ;
Non pas lancée en un javelot aveugle,
La phrase ! à aligner volcans et tourbillons ;
Qu’un nom l’ouvre, un verbe, un adjectif, un adverbe
Et la quête immédiatement accomplie :
La voix d’emblée solaire — et plus, le soleil même.
Le poème ainsi qu’on ferait constat de l’or
Sans interroger sa provenance, attester qu’il est là,
D’un éblouissement qui a sa pierre
Puisqu’il est ce règne inné ; s’en réjouir
Face à la lenteur machinée des métaphores
Et enfin, le réciter ; publiquement dire
L’incendie dans nos poings sans l’avoir saisi, touché, effleuré :
Voilà le pays où je réside
Et t’attends. Si tu as figuré les rivages
Avec un cheval à l’œil plus vaste que la lune,
Viens à moi ! Et souviens-toi que les merveilles
N’ont jamais cherché un écho. Profératrices,
Pas plus !



  



Né en 1979 à Saint-Germain-en-Laye, Gabriel Zimmermann, vit et travaille à Paris, où il enseigne les lettres modernes dans un lycée général et technologique ainsi que dans un collège spécialisé. Il s’illustre dans différents genres littéraires : poésie, récits, chroniques sur la société contemporaine, théâtre.

4 commentaires:

  1. Comme j'aimerais connaître le mystérieux chemin qui mène à ce pays!

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  2. Un ton heurté, original, percutant. J'ai lu plusieurs fois, pour m'imprégner, mais pour la plus simple des raisons aussi : pour le plaisir.

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    1. Merci à vous, Lucile et Joëlle, pour vos témoignages de lectrices. En les tressant l’un avec l’autre, je m’aperçois que vous donnez, toutes les deux, la meilleure définition de la poésie, à savoir qu’elle est ce voyage au cours duquel le plaisir s’accompagne de mystère…

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  3. On devine que le poète, lui aussi, a voyagé, percuté, chevauché, et a amorcé le plus grand des mystères.

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